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La remise en cause du maccarthisme par Hollywood, à travers trois exemples : The Majestic, Good Night and Good Luck et Bobby.
Par François Declercq

Hollywood n’avait pas perdu de temps pour aborder le sujet de la guerre froide. En effet, dès les années 1950, le cinéma américain devient, quelque peu, obsédé par le conflit idéologique qui oppose les deux superpuissances que sont les Etats-Unis et l’URSS. Un message domine alors : il faut à tout prix empêcher le communisme de se répandre à travers l’Amérique.

Le cinéma de l’horreur et de la science-fiction sert de vecteur artistique pour refléter les peurs et angoisses d’un peuple ou d’une nation. Ce n’est donc pas étonnant de voir que ce sont ces genres cinématographiques qui sont les plus concernés par le mouvement anti-communiste. Nombreux sont les films mettant en avant un envahisseur venu d’ailleurs dans le but d’anéantir le peuple démocratique et pacifique des Etats-Unis. Le plus remarquable de ces films s’intitule L’invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) et est mis en scène par Don Siegel en 1956.

Tandis que le maccarthisme touche à sa fin, L’invasion des profanateurs de sépulture, basé sur le roman de Jack Finney, publié en 1954, semble encourager les méthodes du sénateur. En effet, le film nous montre une contamination psychologique des Etats-Unis par des extra-terrestres. Cette contamination va anéantir tout ce qu’il y a de bon dans ses victimes américaines jusqu’à contrôler la totalité du pouvoir territoriale et intellectuel des Etats-Unis. Il est intéressant de noter, ici, que le terme anglais désignant l’extra-terrestre, « alien », signifie aussi l’étranger. La comparaison est flagrante et est comprise de tous. L’extra-terrestre, ou l’étranger, représente le soviet et ses idées politiques. Si on laisse cet étranger imposer ses idées sur le peuple américain, celui-ci va peu à peu détruire toutes les valeurs et coutumes sur lesquelles sont fondées la démocratie et la liberté américaines.

Cette idéologie cinématographique va perdurer jusqu’à la chute du bloc communiste en 1991. Les thrillers hitchcockiens que sont Le rideau déchiré (Torn Curtain, 1966) et L’étau (Topaz, 1969) nous montrent la détermination de la dictature soviétique tandis que les Etats-Unis tentent d’instaurer la paix sur la terre. Le mouvement atteint son apogée en 1985, seulement quatre ans avant la chute du mur de Berlin et le début de l’effondrement du bloc communiste. En effet, Rocky IV réalisé par Sylvester Stallone, lui-même, nous montre des russes arrogants et prétentieux, usant de tous les moyens pour dévoiler leur supériorité. Ici, c’est à travers le sport et leur boxeur dopé, qui s’incline éventuellement face à son adversaire américain, 100% naturel. Mais, si ce n’est pas tout, l’ « Etalon Italien » va conquérir le peuple russe et émettre un discours de propagande, prônant la liberté et la démocratie, allant jusqu’à convertir le secrétaire générale communiste à ses idées.

Pendant cette période, rares sont les films qui attaquent ouvertement le maccarthisme. L’une des exceptions les plus célèbres est sans doute La nuit des morts-vivants de George A. Romero, sorti en 1968. Dans ce film, Romero critique le mouvement anti-communiste avec un dénouement assez tragique. Pour contrer la menace des zombies, un groupe d’hommes armés patrouille les landes en exterminant ces monstres cannibales. Mais, ils tirent sur tout ce qui bouge sans chercher à savoir si leurs cibles sont vivantes ou mortes. Romero condamne, ici, le maccarthisme qui accusait souvent à tord et sans fondement des personnes innocentes. Certains intellectuels français voient dans le film de Romero un véritable message gauchiste contre le gouvernement américain et sa façon de traiter la Guerre Froide et la question du Viêtnam. Toutefois, ce que semblent oublier ces intellectuels, c’est qu’en dépit des quelques critiques faites envers le gouvernement américain, la véritable menace du film est le zombie qui n’est ni plus, ni moins une image de la jeunesse contestataire et du mouvement « hippy » au sein duquel tout le monde est formaté.

Aujourd’hui, la critique de Romero envers le maccarthisme semble être à la mode. En effet, plusieurs films montrent l’agressivité dont faisait preuve le sénateur. Parmi eux, trois films engagés. Dans un premier temps, The Majestic de Frank Darabont en 2001, met en scène une histoire entièrement fictive. Un scénariste de Hollywood, Peter Appleton, incarné par Jim Carrey, reçoit une convocation de la part d’enquêteurs du sénateur McCarthy et le studio pour lequel il travaille décide alors de le mettre à l’arrêt en attendant que l’affaire se dissipe. Le soir même, Appleton se saoule et conduit sa voiture hors d’un pont. Le lendemain, il se réveille sur une rive et est totalement amnésique. Un homme le découvre et l’emmène dans le village le plus proche. Mais Appleton est immédiatement reconnu de tous, non pas pour son travail, mais car il ressemble comme deux gouttes d’eau à un jeune villageois, Luke, porté disparu au front quelques années plus tôt. Commence alors une relation entre Appleton et le père de Luke. Pendant son séjour dans le village, et sans qu’il en soit au courant, les hommes de McCarthy mènent une enquête sans relâche pour retrouver leur homme. Le film ne porte pas uniquement sur le communisme ou la traque du sénateur mais sur la redécouverte, de la mémoire pour Appleton et du bonheur pour le père. Mais derrière cette histoire, typiquement hollywoodienne, se cache un message anti-maccarthiste, révélé lors du discours final prononcé dans un tribunal par Appleton. Le scénariste, du nouveau lui-même, remet en cause l’importance de la quête du sénateur. Il y a une chose plus symbolique que de savoir si oui ou non un homme est communiste et c’est la violation des libertés d’expression et du premier amendement qu’Appleton n’hésite pas à lire devant la cour.


Quatre ans plus tard, George Clooney, converti pour l’occasion en réalisateur, nous offre un film retraçant des faits réels, le combat médiatique entre le journaliste de CBS, Edward R. Murrow et le sénateur Joseph McCarthy. Good Night, and Good Luck se présente comme une partie d’échecs où les deux protagonistes se renvoient mutuellement la balle jusqu’à la victoire finale du journaliste. Edward R. Murrow, connu notamment pour ses reportages écoutés par des millions d’américains lors de la Seconde Guerre Mondiale, est aujourd’hui considéré comme un des plus puissants emblèmes du journalisme et comme le déclencheur de la chute du sénateur. Tout comme Appleton dans The Majestic, Murrow dénonce la violation des droits fondamentaux de la liberté d’expression. Il accuse le sénateur d’abuser de son pouvoir en accusant sans preuves des personnes dont l’importance est futile.


Enfin, en 2006, un autre acteur, Emilio Estevez, nous réalise Bobby, un film qui relate les élections primaires de juin 1968 auxquelles participait Robert Kennedy. Le film tente de nous montrer l’ambiance qui régnait aux Etats-Unis à la fin des années 1960. Il est question du Vietnam, de race, d’adultère, de baseball, de divorce, de retraite, de mode, de drogues et d’alcoolisme. Kennedy semble être une réponse à ces problèmes car il prône une société meilleure et des valeurs plus justes. Etrangement, Estevez ajoute à son film, une journaliste tchèque. Cette femme est venue de Tchécoslovaquie dans l’espoir de s’entretenir avec le candidat démocrate qu’elle voit comme un espoir de paix pour son pays. Un débat va s’installer entre elle et un porte-parole de Kennedy. Quelques recherches suffisent pour constater que la question de la condition des pays du bloc soviétique n’avait aucune place dans le programme du candidat. Peut-être qu’Estevez avait tout simplement voulu créer un lien entre Robert et son frère John, qui pendant son mandat présidentiel avait tenté d’apaiser les tensions entre l’Est et l’Ouest. Toutefois, si l’on approfondit les recherches, nous découvrons que les membres de la famille Kennedy était des fervents supporters du mouvement maccarthiste et John Kennedy n’avait t-il pas accélérer le programme spatiale de la NASA afin de montrer la supériorité américaine face aux bloc communiste. Mais nous pouvons imaginer une autre métaphore de la part du réalisateur. Le candidat auquel s’affronte Kennedy lors des élections primaires n’est autre que le sénateur Eugène McCarthy, qui n’a aucun lien de parenté avec Joseph. Ce combat électoral devient alors plus symbolique à travers les yeux de la jeune journaliste de l’Est. A plusieurs reprises elle défend la Tchécoslovaquie, qui étiquetée de communiste aux Etats-Unis, est pour elle une nation socialiste. Encore une fois, l’Amérique accuse mais sans apporter de preuve. La victoire finale de Kennedy serait donc pour elle une victoire contre McCarthy, une victoire symbolique.

Ce qui est intéressant à travers ces trois films, c’est la remise en cause du maccarthisme par l’industrie du cinéma qui avait auparavant soutenu sa cause. Hollywood regretterait-il ses films d’antan où le communisme était montré comme le pire des maux. C’est un peu comme si l’industrie du cinéma tentait de se repentir. Les trois films ne remettent, toutefois, pas en cause les dangers que représentait le bloc soviétique, ils vont même jusqu’à souligner l’importance de contenir l’idéologie. Ils remettent simplement en cause l’agressivité et la brutalité dont avait fait preuve le gouvernement américain pour contenir cette idéologie.

Néanmoins, en ce début de siècle, marqué par les attentats du 11 septembre 2001, le cinéma semble re-commettre la même erreur en soutenant activement la lutte anti-terroriste. Les films qui avaient mis en avant le maccarthisme pendant les années 1950, à savoir La guerre des mondes et L’invasion des profanateurs de sépulture ont tous deux connu des remakes, le premier en 2005 par Steven Spielberg et le second en 2007 par Oliver Hirschbiegel sous le nom, diminué, d’Invasion. Les premières versions de ces films sont sorties à un moment où l’Amérique se méfiait de l’étranger, plus précisément du communiste soviétique, les secondes versions à un moment où l’Amérique se méfie de nouveau de l’étranger et de son idéologie, l’Islam. Ces deux remakes sont accompagnés par une masse de productions tous reflétant cette même peur. Resident Evil, 28 jours plus tard, Land of the Dead, et plus récemment Planète terreur jouent tous sur la peur du terrorisme et ses conséquences. La guerre nucléaire montrée autrefois pour symboliser la lutte anti-communiste est aujourd’hui remplacée par l’arme biologique, l’arme redoutable de l’ennemi islamique.

Certains films semblent toutefois prendre des précautions. Good Night, and Good Luck semble questionner l’administration Bush. Tout comme pour le communisme, le terrorisme doit être contenu mais il ne faut surtout pas commettre les mêmes erreurs que dans le passé. 
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