Chapitre IV - Le slasher et les autres sous-genres

Publié le par François Declercq

L'horreur et son sous genre, le slasher
Introduction
Chapitre I: Le genre au cinéma, un terme flou
Chapitre II: L'horreur
  1- Une tentative de définir l'horreur
  2- L'univers du film d'horreur
  3- L'histoire du cinéma d'horreur
    A- L'époque muette
    B- Les années 1930, le début de l'ère du cinéma parlant
    C- Les années 1940, l'horreur underground
    D- Les années 1950, la domination de la science-fiction
    E- Les années 1960, une horreur nouvelle et la naissance du gore
    F- Les années 1970, la division indépendante et blockbuster
    G- Les années 1980, la décennie de l'horreur
    H- Les années 1990, la chute et la renaissance de l'horreur
    I- L'horreur du 21ème siècle

Chapitre III: Le slasher
  1- L'évolution du film slasher de Psychose à aujourd'hui
    A- Les fondements d'un genre
    B- 1978-1980, la naissance du slasher
    C- La première vague slasher
    D- La fin d'un genre ?
    E- La deuxième vague slasher
    F- Synthèse des trente dernières années
  2- Comment définir le slasher ?
    A- La structure narrative générale d'un film slasher
    B- La belle et la bête
    C- L'élément de choc
Chapitre IV: Le slasher et les autres sous genres
Conclusion
Annexes
Chapitre IV - Le slasher et les autres sous genres
Nous allons maintenant aborder un bref comparatif entre le slasher et les autres sous-genres de l’horreur qui lui sont proches afin d’établir les principaux différences entre ces genres.

Le splatter :

Le splatter est le sous-genre le plus souvent confondu avec le slasher. Nous pouvons remonter le genre jusqu’à L’orgie sanglante de Herschell Gordon Lewis en 1963, néanmoins, ce film n’avait pas eu un énorme impact à sa sortie et n’a connu sa véritable gloire qu’à l’explosion du splatter pendant les années 1980.

C’est plus justement, La nuit des morts-vivants de Romero qui marche le véritable premier pas vers la naissance du film splatter. Dans La nuit des morts-vivants, le zombie, jusqu’alors un produit de l’homme, que ce soit par la science (voire zombies du type monstre de Frankenstein) ou par la religion vaudou (comme c’était le cas pour la majorité des films zombies avant l’œuvre de Romero), devient un phénomène plus large, une invasion de prédateurs. L’idée provient sûrement de l’idée des Oiseaux de Hitchcock, humanité toute entière, et non plus un groupe isolé de personnes, devient la cible d’une attaque massive de créatures décharnées. Romero avoue s’être inspiré de plusieurs références aussi bien littéraires que cinématographiques, Emile Zola aurait joué un grand rôle sur son œuvre (45), les conflits sociaux sont assez représentatifs des vagues de mangeurs de cerveaux enragées contre le reste de la société. Ensuite, pendant les années 1970, le cinéma italien s’est lancé dans le cannibalisme et, après la sortie de Zombie – Le crépuscule des morts-vivants, le cinéma de zombie. Ces films, contrairement à ce de Romero, tournent entièrement autour du gore, le corps devient ainsi un objet de torture, on le déchire et le démembre. Toute critique sociale comme on pouvait voir dans les films de Romero est immédiatement anéantie. Pendant les années 1980, le splatter a continué de se développer connaissant son heure de gloire aux alentours de 1984 et 1985, comme nous l’avons vu plus haut. Ces films reprennent les idées du cinéma italien, lorsqu’on n’a pas le talent pour concurrencer Romero autant jouer sur le simple aspect visuel du gore. Mais quelles sont les différences avec le slasher ? Tout comme son confrère, le splatter tourne autour d’un groupe de jeunes menacés par un tueur tentant de survivre. Cependant, le tueur ici n’est pas uniquement un monstre ou un homme masqué mais une horde d’humanoïdes. Dans le slasher, l’héro, ou devrait-on dire héroïne, tente d’éviter à tuer, dans le splatter, le héro est le principal tueur, massacrant autant de créatures que possible afin de survivre, ceux qui ne parviennent pas à tuer assez de ces créatures sont ceux qui meurent. Il n’est pas question de « péché » ou de rédemption, il est question de survit, de se battre pour vivre sans forcément suivre le droit chemin. Si nous regardons Une nuit en enfer, après la première partie tarantinesque, nous assistons a un groupe de personnes, constitué de deux criminels, frères, et d’une famille (un père, anciennement pasteur, son fils et sa fille) prise en otage par les criminels. Ce groupe est alors confronté à une horde de vampires qui commencent à démembrer les clients d’un bar érotique. Le survivant héroïque de l’histoire est le criminel incarné par George Clooney, ce personnage avait tenté de sauver la petite famille mais parvient seulement à sauver la fille. Contrairement aux slasher, ici nous voyons que le pêché n’est pas synonyme de mort, le criminel survit et la fille, qui s’est laissé aller à une buverie avec les criminels, survit aussi, le garçon beaucoup plus équilibré et proche de la final girl des slasher meurt. Clover estime que certains de ces splatter sont très ressemblants aux slasher. Elle utilise Evil Dead comme exemple pour le slasher, pour elle Ash est représentatif d’une final girl (elle va jusqu’à lui donné un côté féminin inexistant) et le tueur est l’esprit maléfique qui sort d’un livre pour posséder les membres d’un groupe de jeunes vacanciers. Cette explication est poussée trop loin, Ash survit car il est celui qui se bat le plus et l’esprit transforme les jeunes en zombies, Ash ne doit pas alors affronter un esprit mais une bande de morts-vivants qui veulent qu’une chose, le manger. Faculty, de Robert Rodriguez, est le plus représentatif de la confusion possible entre les deux sous-genres. Ici, une extra-terrestre décide de contrôler la terre en transformant les étudiants d’un lycée en zombie surpuissants. Certains pourrait voir en la fille un tueur dont l’arme est la possession des autres mais nous avons tout simplement à faire à un nouveau film splatter. Le héro, joué par Josh Hartnett, n’est autre qu’un vendeur de drogues et est donc loin de la final girl des slasher. En somme, le splatter est différent du slasher dans sa manière de montrer le corps, le splatter est beaucoup plus cru, mais aussi dans le fait que le personnage principal ne doit pas affronter un tueur, ou s’échapper, mais une horde de créatures qu’il doit massacrer au maximum dans l’espoir de survivre.

Le giallo :

Le giallo est une influence majeure sur le slasher, l’intrigue tourne autour d’un tueur, caché ou, plus rarement, masqué menaçant un groupe d’individus dans un lieu souvent désert. Cependant, ces films sont beaucoup plus proches des classiques whodunits, ils suivent souvent une enquête policière et le tueur possède un mobile valable pour les meurtres, ne se basent pas sur le simple pêché. La ressemblance entre le giallo et le slasher se situe plutôt dans la manière de filmer, on ne montre pas le tueur, seulement des parties de son corps souvent couverts sont visibles. Il est évident que les slasher ait adoptés l’aspect visuel des giallo, Vendredi 13 doit beaucoup à La baie sanglante de Mario Bava. De plus, les réalisateurs des années 1980 sont souvent fans de ce cinéma italien, ils n’hésitent, donc, pas à inclure des clins d’œil en sa direction pendant leurs films, on retrouve souvent des morts reflétant ceux des giallo, notamment celle du couple empalé par une lance pendant qu’il copule. La confusion entre les deux genres vient aussi du fait que de nombreux giallo soient sorties à l’époque des slasher aux Etats-Unis (ils datent pour la plupart des années 1960 et 1970), les américains ont vite fait de les classer parmi les slasher, de plus, plusieurs réalisateurs italiens connu pour leurs films giallo sont partis aux Etats-Unis pour réaliser des films de type slasher, voire Joe D’Amato ou Lucio Fulci.

Le survival :

Encore un sous-genre qui ressemble beaucoup aux slasher, il est même parfois considéré même comme une branche du slasher. De ce fait, il est très difficile de distinguer les deux genres entre eux. Celui qu’on considère comme le maître des survival est aussi un de ceux qui sont à l’origine du slasher, Massacre à la tronçonneuse. Délivrance de John Boorman est un des premiers du genre. Le survival consiste en un groupe d’individus soudainement confronté à un groupe de tueurs, le tout dans un contexte très rural. Dans Massacre à la tronçonneuse, le tueur n’est pas généralement considéré comme Leatherface à lui seul mais comme la famille Sawyer dans son intégralité, même si Leatherface est l’unique meurtrier du film. Les suites de l’œuvre de Tobe Hooper montre cela beaucoup plus. C’est donc les jeunes contre la famille Sawyer et non pas les jeunes contre Leatherface. C’est justement ce genre de situation qui crée l’ambiguïté entre les deux genres. Comme nous l’avons vu, Leatherface répond tout à fait aux caractéristiques du tueur slasher et Sally partiellement à ceux de la final girl. La colline a des yeux de Wes Craven en 1977, joue aussi sur une confrontation entre deux groupes, ici, deux familles. Craven voulait utiliser deux opposés, une famille ordinaire à une famille de mutants. L’objectif est de montrer comment une famille, sensé être gentille, va se déchirée face à la menace tandis que la famille, dit sauvage, va faire preuve d’unité. Encore une fois, la menace est une famille, mais cette famille possède un personnage qui ressort du lot pour ces caractéristiques physiques uniques. Avec l’arrivé du slasher, le survival s’est éteint, les tentatives des années 1980 n’ont jamais égalé ceux des années 1970. Récemment, le genre a connu une nouvelle vague, notamment grâce aux remakes de Massacre à la tronçonneuse et de La colline a des yeux. Le récent Severance reprend parfaitement les règles du survival de la manière comique, tout comme l’avait fait Shaun of the Dead pour les films de zombie.

Le thriller psychologique :

Le thriller psychologique est né pendant les années 1980, notamment à travers les adaptations des romans de Thomas Harris concernant Hannibal Lecter. Les films sont très porches du slasher, considérés même parfois comme étant des slasher à gros budget, car ils doivent aussi beaucoup à Psychose et Le voyeur. En effet, si les slasher abordent des tueurs irréels et fantastiques, le thriller psychologique opte pour une représentation réaliste de ses tueurs. De plus, le policier naïf du film slasher cède sa place à des policiers coriaces et intelligents. Dans des films comme Le silence des agneaux ou Seven, le policier détient le rôle principal, c’est grâce à lui que le film progresse et c’est lui qui arrêtera le tueur. Depuis peu, le thriller psychologique a abordé une nouvelle branche s’éloignant du slasher. Des films comme Fight Club ou Donnie Darko, ne tournent plus autour d’une enquête criminelle à proprement parler mais autour de état psychologique perturbé de ses personnages principaux. On est loin des tueurs masqués qui élimine tout sur leur passage.

Les inclassables :

Certains films dans les dernières années abordent les thèmes des slasher sans pour autant appartenir à ce genre. Le film en deux parties de Quentin Tarantino, Kill Bill, est un simple mélange des divers genres. En effet, Tarantino est avant un cinéphile qui adore tout le cinéma, même les genres dit underground. En faisant Kill Bill, le metteur en scène à voulu rendre hommage aux divers genres cinématographiques ayant marqués sa jeunesse, des films de kung-fu au manga, et passant par le splatter, Kill Bill est un assortiment de culture cinématographique réunit en une seule histoire. Dans Kill Bill, nous avons à faire à une tueuse, non identifiée mais pas masquée, cherchant à se venger de ses anciens coéquipiers qui l’avaient rendu en état comatique. Nous avons l’impression que l’héroïne a une double personnalité jouant à la fois le rôle de tueur et de la final girl. C’est au fond de elle-même qu’elle doit vaincre le tueur pour devenir une personne respectable. Tarantino a mentionné l’influence des films tels que Vendredi 13 et Halloween sur Kill Bill, peu de temps après le film, des rumeurs circulaient sur la possibilité que Tarantino réalise une nouvelle suite dans la série des Vendredi 13. Mais au lieu de s’aventurer dans une franchise déjà bien établit, Tarantino a décidé de faire les choses à sa manière pour créer « Boulvevard de la mort […] le plus génial des slashers » (46). Tarantino est un grand fan des films slasher du début des années 1980 mais il a voulu créer un nouveau film originel qui lui est propre, il dit :

Mais si je les (slasher) aimes sincèrement, je les juge aussi un peu rigides, un peu limités dans les armes. J’ai donc choisi de donner à mon tueur non pas un couteau ou une hache, mais une voiture. A cette distinction près, Boulevard de la mort reprend la structure narrative des slasher. (47)

Cependant, le talent de Tarantino, quant aux dialogues, fait que ses personnages sont beaucoup plus approfondis qu’à l’habitude. Le boulevard de la mort sort cette année et fait partie d’un projet collectif, avec Robert Rodriguez, qui réunit deux films sous la même enseigne, Grindhouse (48). Un autre film qui marque ce mélange de style est Saw et ses suites. En effet, Saw porte de nombreuses références aux slasher. Un tueur masqué, par une marionnette, qui juge sur la vie ou la mort de ses victimes. Néanmoins, le tueur ne tue pas réellement ses victimes, c’est aux victimes de montrer qu’elles tiennent à la vie en accomplissant des tâches extrêmement difficiles. Le film est à mi-chemin entre le slasher et le thriller psychologique mais porte aussi certains éléments du splatter et du survival. Cette nouvelle de métissage de genres semble être un moyen nouveau pour les réalisateurs de créer des œuvres orignaux et d’éviter de tomber dans la répétition.
(45) T. Williams, The Cinema of George A. Romero: Knight of the Living Dead, London, Wallflower Press, 2003
(46) E. Roth dans Ciné Live n°112
(47) Q. Tarantino, Ibid.
(48) Robert Rodriguez s’attaque au cinéma de zombie et crée un film splatter intitulé Planet Terror.

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