B - 1978-1980, la naissance du slasher

Publié le par François Declercq

L'horreur et son sous genre, le slasher
Introduction
Chapitre I: Le genre au cinéma, un terme flou
Chapitre II: L'horreur
  1- Une tentative de définir l'horreur
  2- L'univers du film d'horreur
  3- L'histoire du cinéma d'horreur
    A- L'époque muette
    B- Les années 1930, le début de l'ère du cinéma parlant
    C- Les années 1940, l'horreur underground
    D- Les années 1950, la domination de la science-fiction
    E- Les années 1960, une horreur nouvelle et la naissance du gore
    F- Les années 1970, la division indépendante et blockbuster
    G- Les années 1980, la décennie de l'horreur
    H- Les années 1990, la chute et la renaissance de l'horreur
    I- L'horreur du 21ème siècle

Chapitre III: Le slasher
  1- L'évolution du film slasher de Psychose à aujourd'hui
    A- Les fondements d'un genre
    B- 1978-1980, la naissance du slasher
    C- La première vague slasher
    D- La fin d'un genre ?
    E- La deuxième vague slasher
    F- Synthèse des trente dernières années
  2- Comment définir le slasher ?
    A- La structure narrative générale d'un film slasher
    B- La belle et la bête
    C- L'élément de choc
Chapitre IV: Le slasher et les autres sous genres
Conclusion
Annexes
B- 1978-1980, la naissance du slasher
En 1978, Halloween de John Carpenter parvient à regrouper toutes les diverses influences citées plus haut, créant une œuvre d’une originalité qui dépasse celle des œuvres précédentes. C’est le début d’un nouveau genre. L’influence principale sur Halloween est sans conteste Psychose d’Alfred Hitchcock, les ressemblances entre les deux films sont nombreuses, liens entre personnages (mêmes nom dans les deux films), caméra subjective ou lieux similaires. Halloween et Psychose possèdent tous deux un personnage masculin nommé Sam Loomis, ce personnage ne sert pas à grand-chose dans le déroulement de l’histoire mais est directement responsable de la défaite du tueur sur la final girl. Dans les deux cas nous retrouvons aussi des situations semblables, par exemple, le meurtre de Judith Myers, dans Halloween, ressemble beaucoup à celui de Marion Crane, dans Psychose, dans les deux cas le spectateur est face à une fille nue qui hurle pendant qu'une lame la transperce à plusieurs reprises sans jamais que le spectateur voit cette même lame pénétrer la chair de sa victime. De plus, le meurtre d’Arbogast ressemble énormément à la tentative de meurtre sur Laurie dans Halloween, le tueur fait une apparition soudaine au sommet des escaliers afin de prendre sa victime au dépourvue. Les escaliers servent dans les deux cas à mettre le spectateur mal à l’aise, il doit affronter avec le protagoniste cette montée ainsi que les menaces et dangers qui l’attendent.

Halloween doit aussi beaucoup à Le voyeur, notamment au niveau du jeu de caméra. Hitchcock, l’avait fait dans Psychose, mais seulement de manière modérée, tandis que Powell fait passer le point de vue du spectateur par celui de Mark tout le long du film. Carpenter, lui aussi, opte pour cette point de vue subjective obligeant le public à voir les meurtres du point de vue du tueur, à travers ces yeux. Powell et Carpenter utilise tous deux un filtre placer sur la caméra pour créer un effet de voyeurisme. La première scène de Halloween, la préparation au meurtre de Judith Myers, et celle de Le voyeur, où Mark film en secret sa prochaine victime, se ressemblent beaucoup, dans les deux cas, le spectateur voit une fille dévêtue avant qu’elle se fasse mutilée, dans Psychose on retrouve bien se déshabillement à travers les yeux du tueur mais le point de vue redevient neutre jusqu’au meurtre. Carpenter et Powell prolongent se voyeurisme jusqu’au meurtre ne donnant alors aucun répit au spectateur.

Du côté de Massacre à la tronçonneuse, l’élément marquant sur Halloween est la présence du personnage de Leatherface. En effet, jusqu’alors, le tueur est un humain fait de chair et d’os et même si Leatherface demeure un homme, il parait plus costaud et résistant que ses pères. Leatherface subit une multitude d’attaques de la part des protagonistes, mais il se relève toujours plus énervé qu’avant. Dans Psychose, un simple coup de poêle à la tête de Norman Bates suffit à le rendre inconscient pendant un certain temps. Michael Myers doit beaucoup à Leatherface, ces tueurs, ne tombent jamais, et quand ils tombent ce n’est jamais pour longtemps. Si un protagoniste met un coup de poêle à Leatherface, celui-ci tâtera sa tête avant de brandir de nouveau sa tronçonneuse, et Michael Myers se contentera de fixer son adversaire sans broncher. Cet aspect de surpuissance trouve toute son efficacité dans les films slasher car il crée le doute chez le spectateur qui se demande comment la final girl va pouvoir se débarrasser de ce monstre ? Le tueur ne donne de répit ni au protagoniste ni au spectateur, l’effet sert à empoigner le public sans le lâcher avant le moment fatidique.

Le giallo joue un rôle peu important sur Halloween, Carpenter reprend simplement la manière de cacher son tueur en ne dévoilant que des parties du son corps avant qu’il se met à tuer. Le giallo, cependant, ne dévoile que le tueur à la fin, c’est un autre film qui va fortement s’inspirer du giallo et de ces codes. En 1980, Vendredi 13 vient concrétiser le fait qu’un nouveau genre est en train de naître.

On me demande toujours quelle a été la réelle inspiration pour Vendredi 13, […] c’était un tas de trucs […] le succès de Halloween était l’inspiration principale. […] Bava m’a certainement inspiré. Ses films sont choquants et vraiment époustouflants visuellement et il vous faisait faire des bonds c’est ce que je voulais faire pour Vendredi 13. Sean S. Cunningham. (28)


Vendredi 13 ne doit pas grand-chose à Halloween mis à part le fait de retrouver un tueur mutilant une bande adolescents. Mais, comme le dit Cunningham dans la citation ci-dessus, Halloween est sa principale inspiration, comment expliquer alors que ces deux films soit si différents ? Halloween a servit de modèle financier, et seulement financier, à Cunningham, il est conscient de ne pas posséder les talents nécessaires pour réaliser un film de la qualité de celui de Carpenter. Cunningham est, avant tout, un producteur et il recherche à rentabiliser au maximum ses films. Son but est alors de sortir un film similaire à Halloween dans son approche générale en espérant pouvoir toucher le même public. Son pari est réussit, Halloween avait amassé la somme de $47 millions au Box Office et Vendredi 13 parvient à réunir $38,7 millions (29). Cette réussite va, bien sur, éveiller les producteurs cinématographiques qui sauteront sur l’occasion de produire un slasher, le genre est bel et bien naît. Les films qui vont suivre copient bêtement la formule de Vendredi 13 afin de rentabiliser au maximum le produit, comme l’explique David Grove :

Un moment et lieu spécifique de l’industrie du cinéma où tout le monde et leur sœurs produisaient des films d’horreur, des films slasher, tous essayant d’imiter la formule de Vendredi 13 (la brillance artistique de Halloween de John Carpenter était probablement vu comme un objectif inaccessible pour ces réalisateurs). (30)
  
Vendredi 13 est bel et bien le résultat direct du succès de Halloween, mais qu’en est il de l’esthétique du film. Cunningham dit s’être inspiré de Bava pour son film, ceci est entièrement vrai, mais plus précisément d’un film en particulier, La baie sanglante. En effet, le décor de ces deux films est remarquablement semblable, un hébergement aux abords d’un lac et dans un milieu rural et boisé. Cunningham va profiter de ce décor de la même manière que Bava, chaque arbre devient une cachette derrière lequel le tueur guette en observant sa prochaine victime. De plus, la façon de filmer naturiste du giallo permet à Cunningham, qui a débuté dans le cinéma érotique, de s’épanouir pleinement, le giallo se rapproche beaucoup du cinéma érotique au niveau visuel. Les images simplistes de Vendredi 13 permettent à l’équipe de production de réduire le budget, allouant alors une plus grande somme aux effets spéciaux. La présence du génie des effets spéciaux, Tom Savini, est sans aucun doute un des clés principales du succès que connaît Vendredi 13 à sa sortie. Savini est un des meilleurs artistes d’effets spéciaux du cinéma d’horreur, il parvient à créer des effets impressionnants à un budget très restreint. Avant Vendredi 13, il était surtout connu pour son travail sur Zombie de Romero, et après Vendredi 13, Hollywood se l’arrache car chacun veut que son film soit aussi intense visuellement que Vendredi 13. Cunningham va voir son film imité, de manière médiocre pendant les années à suivre. Vendredi 13 n’était pas le premier slasher à suivre Halloween, d’autres sont sortis un peu avant, comme par exemple Le silence qui tue de Denny Harris ou encore Pyromaniac de Joseph Ellison, mais c’est films passent inaperçus à cause la publicité qui entoure le film de Cunningham. Les qui, eux succèdent de près Vendredi 13, ont connu un succès relativement important, Le bal de l’horreur de Paul Lynch et Le monstre du train, tous deux canadiens, ont su faire preuve d’une originalité comparé aux autres films post-Vendredi 13 car ils ne sont en rien inspirés de celui-ci, de plus, la présence de Jamie Lee Curtis, héroïne de Halloween, n’a fait qu’aider leur cause. Mais dès l’année suivante les choses vont se gâter.
(28) D. Grove, Making Friday the 13th: The Legend of Camp Blood, Goldaming, UK, Fab Press, 2005, p.8
(29) www.boxofficemojo.com
(30) D. Grove, op. cit., p. 8

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