A - Les fondements d'un genre

Publié le par François Declercq

L'horreur et son sous genre, le slasher
Introduction
Chapitre I: Le genre au cinéma, un terme flou
Chapitre II: L'horreur
  1- Une tentative de définir l'horreur
  2- L'univers du film d'horreur
  3- L'histoire du cinéma d'horreur
    A- L'époque muette
    B- Les années 1930, le début de l'ère du cinéma parlant
    C- Les années 1940, l'horreur underground
    D- Les années 1950, la domination de la science-fiction
    E- Les années 1960, une horreur nouvelle et la naissance du gore
    F- Les années 1970, la division indépendante et blockbuster
    G- Les années 1980, la décennie de l'horreur
    H- Les années 1990, la chute et la renaissance de l'horreur
    I- L'horreur du 21ème siècle

Chapitre III: Le slasher
  1- L'évolution du film slasher de Psychose à aujourd'hui
    A- Les fondements d'un genre
    B- 1978-1980, la naissance du slasher
    C- La première vague slasher
    D- La fin d'un genre ?
    E- La deuxième vague slasher
    F- Synthèse des trente dernières années
  2- Comment définir le slasher ?
    A- La structure narrative générale d'un film slasher
    B- La belle et la bête
    C- L'élément de choc
Chapitre IV: Le slasher et les autres sous genres
Conclusion
Annexes
A- Les fondements d'un genre
En 1960, lorsque qu’Alfred Hitchcock sort son film dans lequel les figures de l’horreur passée, voire la maison de Bates, se mélangent à la fois au thriller typiquement hitchcockien et à des éléments d’une société moderne, voire le motel de Bates. Psychose, c’est tout simplement l’histoire d’un meurtrier au troubles pathologiques graves. Cette même année, Michael Powell sort un film troublant qui choque l’Angleterre toute entière, Le voyeur. Malgré de nombreuses dissimilitudes, ces deux films partagent une variété de points communs qui vont, par la suite, devenir les règles fondatrices du slasher. Les deux cas font présence de voyeurisme : Norman Bates, le tueur de Psychose, fixe Marion, la victime, à travers un trou dans le mur lorsque celle-ci se déshabille et Mark, le tueur dans Le voyeur, regarde ses victimes à travers la lentille de sa caméra. Cet aspect va être repris dans l’univers slasher, le spectateur subit l’aventure du point de vue du tueur. Le voyeur montre ceci de la meilleure manière, le public suit Mark pendant les trois quarts du film avant de finalement voir réellement les choses à travers les yeux de Helen, l’héroïne. Dans Psychose, le spectateur est confronté à une valse pendant laquelle les points de vue se succèdent. Premièrement, on vit l’histoire de Marion, sa relation amoureuse et conflictuelle avec un certain Sam Loomis, sa fuite lorsqu’elle vole une somme argent à son patron et son arrivée dans un motel isolé. Là, le spectateur fait la connaissance de Norman Bates, propriétaire du motel, le point de vue va alors vaciller entre Marion et Norman Bates avant que celui-ci s’empare du public en éliminant Marion sous la douche. Bates va alors dominé l’écran tuant ou ignorant tout autre personnage avant que ce personnage en question puisse prendre sa place jusqu’au moment où Lila, la sœur inquiète de Marion, arrive à s’imposer à son tour vainquant, de manière psychologique, le tueur. Dans Le voyeur et dans Psychose, on est confronté à deux manières différentes de procéder. D’un côté l’identité du tueur est connu des le début de film, de l’autre l’identité n’est montrée qu’à la fin créant ainsi un mystère. Ces deux perspectives seront reprises par le genre slasher dans les années à venir. Un autre point qui différencie les deux films est l’importance du sexe. Psychose n’est pas axé sur le voyeurisme de Norman Bates mais plutôt sur sa pathologie, qui n’est pas le voyeurisme, et ses crimes. Le voyeur, quant à lui, s’axe autour du voyeurisme de Mark car ceci est sa pathologie. Le voyeurisme de Norman Bates est sexuel dans un sens innocent, il est plutôt comme un enfant émerveillé qu’un pervers, ceci sert à accentuer le côté enfantin de l’éternel enfant qu’est Norman. Mark n’a pas le même regard que Norman, pour lui le sexe et synonyme de mort. En effet, Mark ne cesse d’analyser le comportement des autres, il désire filmer la peur sur les visages de ses victimes avant qu’il ne les tue. Le sexe devient alors un moyen de rendre plus vulnérable la victime car il met celle-ci en position de confiance, l’innocence de Norman est ici basculée du côté de la victime. Si ces deux films sont considérés comme étant les ancêtres du slasher, ce n’est pas que par rapport aux situations mentionnés à l’instant, d’autres éléments plus marquants sont aussi présents dans les deux cas. Tout d’abord, il y a la présence du masque. Norman Bates se déguise en sa mère, Hitchcock joue avec le spectateur en le faisant croire une chose qui n’est pas vrai : que c’est la mère qui tue est non Norman. Même si à la fin du film, on découvre que Norman est véritablement le tueur, et qu’il prend l’aspect de sa mère défunte pour commettre ses crimes, aux moments de ces crimes, ce n’est pas Norman qui tue mais sa mère. Le psychologue qui interroge Norman à la fin du film vient à la conclusion que la personnalité de Norman à disparue au profit de celle de sa mère, Norman est devenu sa mère et lui il n’existe plus. Pendant la partie antérieure du film, Norman bascule entre lui-même et sa mère, et lorsqu’il tue, il n’est plus lui-même, il est devenu sa mère. Dans Le voyeur, on retrouve cette même situation, Mark tue mais seulement à travers la lentille de sa caméra, il devient en quelque sorte sa caméra, toute culpabilité ou remord le quitte alors. Cette situation permet en effet à Mark de réduire sa part de responsabilité dans ces crimes car celle si est dès lors partagée entre lui et sa caméra. Le masque est un élément essentiel dans le genre slasher comme nous le verrons par la suite. Nous pouvons aussi noter la présence à la fin d’une survivante qui découvre les secrets du tueur, Carol Clover (18) a désigné ce personnage féminin de final girl, terme que l’on reprendra pour cette étude. Le principe de cette final girl est que contrairement aux victimes, qui commettent souvent des « péchés » (Marion a volé de l’argent et les victimes de Mark sont généralement des prostituées), elle parait pure et innocente. Il est intéressant de voir comment à l’époque, la pureté vainc déjà le mal du tueur. La situation de la final girl sera aussi analysée en profondeur un peu plus loin.

Pendant les années 1960, se développe aussi, comme nous l’avons vu dans la partie précédente, le giallo en Italie. Ces films continuer dans la ligné de Psychose et Le voyeur en cassant le lien entre l’horreur passée et l’horreur nouvelle, comme le précise Eric Dufour :

Le cinéma d’horreur italien va s’écarter de l’esthétique […] qui trouve son origine dans les films de la Hammer, pour intégrer un type d’images qui se veulent réalistes et substituent à l’implicite du brouillard et du hors champ la crudité de la monstration quasi médicale du meurtre. (19)

Ces films reprennent les idées générales deux films de 1960, un tueur dont l’identité est cachée, à la manière de Psychose où le tueur est inconnu avant la fin, tue un groupe de personnes avant d’être vaincu, dans la plupart des cas par une femme. Mais c’est surtout La baie sanglante de Mario Bava qui inspirera les films slasher qui vont suivre dans les années à venir. En effet, l’aspect naturaliste s’approche des films américains de l’époque facilitant ainsi son introduction dans le courant outre-atlantique.

En 1974, Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper apporte une autre dimension qui marquera le slasher par la suite. Massacre à la tronçonneuse est souvent classé, à juste titre, comme film survival. Mais malgré la forte présence des aspects propres au cinéma survival, le film est imparablement une influence majeure sur le slasher. En effet, il existe bien la présence d’une famille malsaine dans le Texas, ce qui constitue un groupe d’individus, mais c’est l’existence seule de Leatherface qui fait avancer le film pendant une bonne heure. C’est ce personnage masqué qui tue les diverses personnes qui osent pénétrer sur sa propriété, la conception même d’une famille n’est apparente que lorsque le shérif local décide de séquestrer Marilyn, la jeune héroïne, qui fuit l’homme masqué et sa tronçonneuse. Ce shérif emmène alors cette fille au sein de sa famille qui se met ensuite à la torturer. Enfin, le moment fatidique à la fin du film se décide aussi entre Leatherface et Marilyn, les autres membres de la famille ne posent pas de véritable problème. De plus, pendant le film, Leatherface et les siens sont affrontés à un groupe d’adolescents en voyage estival, normalement le survival oppose un groupe hostile à son contraire, une famille ou une plusieurs individus du même sexe, par exemple, les victime adolescentes va devenir un des emblèmes principaux des films slasher.

Parallèlement à Massacre à la tronçonneuse, un petit film canadien, peu connu du grand public, va aussi jouer un rôle important dans le genre à venir. Il est d’avis général que Halloween est le déclencheur du mouvement slasher des années 1980, mais Black Christmas de Bob Clark est peut-être aussi intéressant que l’œuvre de John Carpenter. En effet, Black Christmas présente toutes les caractéristiques d’un slasher moderne. Les victimes sont des adolescentes isolées dans une maison de sororité pendant les vacances de Noël, la police est naïf et réagit que lorsqu’il est trop tard, il y a un faux coupable en la personne Peter Smythe, le petit ami de l’héroïne Jess, et bien sur il y a la présence de la final girl, justement en la personne de Jess. De plus, le film est souvent filmé de manière subjective mettant le spectateur dans la peau du tueur. Probablement le seul élément qui distingue ce film des slasher futurs et la quasi victoire du tueur, qui à la fin du film demeure caché et intact, son identité n’est jamais dévoilé, à la déception du spectateur, et Jess parvient simplement à lui glisser entre les doigts, comme dans Psychose, la final girl a ici une victoire plutôt psychologique, morale, sur le tueur. Le film est ressorti suite au succès de Halloween mais ne parvient jamais à s’imposer au sein du public du cinéma d’horreur.

Côté littérature, en ce qui concerne les influences sur le slasher, nous pouvons citer cinq œuvres importantes. Tout d’abord, Frankenstein de Mary Shelly (20) et Notre Dame de Paris de Victor Hugo (21). Dans les deux cas, le personnage principal est un monstre délaissé par la société dans laquelle il vit, le monstre en question se rebelle alors contre cette société moqueur et malhonnête. Les actes, par toujours malsains comme c’est le cas pour Quasimodo, des monstres sont expliqués par leur rejet et ne sert que de vengeance au mal qu’on les a fait subir. Même si le slasher se distingue assez de ces deux contes, cette volonté de tuer pour se venger refait souvent surface, c’est le cas dans la série des Vendredi 13 par exemple, Jason, un retardé mentale qui s’est noyé étant jeune car on ne faisait pas attention à lui, décide de tuer afin de venger la mort de sa mère dans le premier volet de la série, il en revient même de la mort pour accomplir cette tâche. Cet aspect est aussi ressentit dans la réalité comme on peut le voir dans les cas du lycée de Columbine en 1999 ou plus récemment dans le cas des meurtres sur le campus de Virginia Tech en avril 2007. Ces massacres sont de véritables films slasher réels, le rejet d’une personne qui entraîne une série de meurtres sanglants, même le décor y convient. Pour revenir à la littérature, un autre œuvre marquant est celui de Le Portrait de Dorain Gray d’Oscar Wilde (22), dans cette œuvre nous pouvons voir comment les crimes et les péchés de Dorian Gray sont récupérés par son portrait. Ce portrait joue le rôle du masque qui, comme nous l’avons déjà vu pour Psychose et Le voyeur, sert à diminuer la part de responsabilité du pécheur mais qui demeure présent comme preuve incontestable de ses péchés. Dans un domaine similaire, nous pouvons citer L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mr. Hyde de Robert Louis Stevenson (23). Ici, le docteur Jekyll cache ses crimes sous la forme de Mr. Hyde qui n’est autre que lui. En effet, celui-ci boit une potion qui change à la fois sa personnalité mais aussi son physique. Le gentil docteur, poli et posé qu’est Jekyll devient un homme répugnant sans aucun scrupule ni remord. Le cas est très proche de celui de Norman Bates qui est sympathique avant adopter l’identité de sa mère et qu’il devient un tueur psychopathe. Enfin, Le fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux (24) peut aussi être considéré comme une œuvre significative. Ici encore, le personnage d’Erik, un être isolé par sa déformité, comment des péchés afin de se venger de la société qui l’entoure. Mais, la ressemblance frappante entre ce livre et les slasher est le comportement d’Erik. Il porte un masque afin de cacher son véritable visage et vit dans endroit isolé et secret sortant dans le seul but de commettre ses crimes. De plus, le personnage de Christine Daaé est un parfait exemple d’une véritable final girl littéraire. Bien sur, ces divers œuvres et d’autres encore sont loin de l’ensemble qu’est un film slasher mais elles jouent indéniablement un rôle important en tant qu’influence sur le genre.

D’un point de vue culturel, on peut voir que maintes légendes urbaines et contes de fées, voire même légendes antiques, ont inspirés le mouvement slasher. L’étude de Mikel J. Koven (25) démontre l’importance des légendes urbaines, pour lui la plus importante de ces légendes est celle intitulée « The Hook », le crochet. Selon cette légende « un tueur psychotique, avec un crocher à la place du main, menace un jeune couple, stationné à Lovers’ Lane ». Koven ajoute plus loin que « « The Hook » sert d’archétype moral du phénomène slasher dans son intégralité : le jeune couple est menacé spécifiquement car il s’est éloigné du chemin moral (en s’appliquant dans des activités sexuelles) ». Pour Coven, la raison pour se rapprochement entre le slasher et les légendes urbaines provient du fait que « dans de nombreuses légendes, et aussi des films, qui traitent le sujet du tueur psychotique, les protagonistes survivent ; ils ont été face à la mort […] et ils survivent afin de raconter leurs histoires ». En effet, le rôle des légendes urbaines sur les films slasher est extrêmement important, ces deux formes d’écriture « sont souvent utilisés pour traiter des problèmes sociaux dans lesquels sont impliqués les jeunes […] car les deux cas sont représentatifs des contextes limitrophes entre l’enfance et l’adolescence » (26).  De la même manière, les contes de fées, qui sont souvent considérées comme étant les légendes urbaines d’antan, joue un rôle important sur le genre slasher. La traque entre le tueur et la final girl, surtout lorsque celle-ci s’effectue dans un milieu rural ou boisé, comme c’est souvent le cas, ressemble beaucoup au récit du Petit chaperon rouge poursuivit par un loup, ce conte est même repris dans le slasher français de Michel Delplanque, Promenons nous dans les bois (2000). De plus, de nombreux réalisateurs, dont Wes Craven (27), comparent souvent la liaison entre leur monstre et la final girl au conte de fée, La belle et la bête. Il y a, en effet, souvent une quête de la part de la final girl afin de connaître la véritable personnalité du tueur, elle refuse généralement de croire qu’il n’existe pas de bien au fond de son adversaire. Enfin, le film slasher doit aussi beaucoup au pantomime, le spectateur entre dans un jeu théâtral criant aux protagonistes afin de dévoiler l’endroit où se cache le monstre, sans que ceux-ci si y prête trop d’attention.

La dernière influence aux films slasher est le fait réel, notamment le tueur en série. Ed Gein est la principale référence, mais d’autres comme Charles Manson, John Wayne Gacy, Richard Ramirez ou encore Henry Lee Lucas sont aussi souvent utilisés afin de façonner les divers tueurs. On prend généralement les éléments les plus macabres des crimes de ces tueurs et on construit autour, ajoutant des éléments fictifs pour améliorer l’histoire. Depuis les années 1980, un genre, dérivé du slasher, tend à montrer ces crimes dans un contexte plus réel, ces films se veulent presque autobiographiques, voire par exemple Henry, portrait d’un tueur en série (1984) de John McNaughton, Summer of Sam (1999) de Spike Lee ou encore Gacy (2003) de Clive Saunders. La fascination envers le tueur en série en indéniablement une des raisons principales de l’importance du film slasher pendant les années 1980.
(18) C. Clover, Men, Women and Chainsaws: Gender In The Modern Horror Film, New Jersey, Princeton University Press, 1992
(19) E. Dufour, op. cit., p.31
(20) M. Shelly, Frankenstein, Oxford, Oxford U.P., 2006
(21) V. Hugo, Notre Dame de Paris, Paris, Flammarion, 2003
(22) O. Wilde, The Picture of Dorian Gray, New York, Tor Books, 2000
(23) R.L. Stevenson, The Strange Case of Dr. Jeckyll and Mr Hyde and Other Tales of Terror, Londres, Penguin Classics, 2002
(24) G. Leroux, Le fantôme de l’Opéra, Paris, Robert Lafont, 1998
(25) Mikel J. Coven, “The Terror Tale: Urban Legends and the Slasher Film”, Scope: An on-line journal of film studies, 2003 (voir le site www.nottingham.ac.uk)
(26) Ibid, Mikel J.Coven
(27) Voir bonus coffret DVD de la série des Freddy.

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