1 - Une tentative de définir l'horreur

Publié le par François Declercq

L'horreur et son sous genre, le slasher
Introduction
Chapitre I: Le genre au cinéma, un terme flou
Chapitre II: L'horreur
  1- Une tentative de définir l'horreur
  2- L'univers du film d'horreur
  3- L'histoire du cinéma d'horreur
    A- L'époque muette
    B- Les années 1930, le début de l'ère du cinéma parlant
    C- Les années 1940, l'horreur underground
    D- Les années 1950, la domination de la science-fiction
    E- Les années 1960, une horreur nouvelle et la naissance du gore
    F- Les années 1970, la division indépendante et blockbuster
    G- Les années 1980, la décennie de l'horreur
    H- Les années 1990, la chute et la renaissance de l'horreur
    I- L'horreur du 21ème siècle

Chapitre III: Le slasher
  1- L'évolution du film slasher de Psychose à aujourd'hui
    A- Les fondements d'un genre
    B- 1978-1980, la naissance du slasher
    C- La première vague slasher
    D- La fin d'un genre ?
    E- La deuxième vague slasher
    F- Synthèse des trente dernières années
  2- Comment définir le slasher ?
    A- La structure narrative générale d'un film slasher
    B- La belle et la bête
    C- L'élément de choc
Chapitre IV: Le slasher et les autres sous genres
Conclusion
Annexes
1 - Une tentative de définir l'horreur
L’horreur est une chose difficile à définir. Dans toute œuvre consacrée au sujet, l’auteur donne une définition basée sur son opinion de l’horreur, ou tout simplement énumère les définitions donnés par d’autres dans le but d’affirmer ou de critiquer telle ou telle idée. Cependant, l’horreur est une chose beaucoup plus difficile à définir car il relève des peurs et phobies de chaque individu. Un film comme Arachnophobie de Frank Marshall (1990) est un simple film de science-fiction aux yeux de celui ou celle qui n’a pas du tout peur des araignées, mais dans le cas contraire, ce film est purement horrifique. Lovecraft dit que l’horreur relève de l’inconnu (11), cette définition est bonne car l’inconnu effraye justement l’homme ; mais le problème avec cette définition c’est qu’elle n’est pas assez précise, l’inconnu est une chose vaste et on peut facilement s’y perdre. Wes Craven tend à dire que l’horreur est, en quelque sorte l’environnement de l’homme et ses dangers, donc le connu. Stephen King rejoint les deux idées car pour lui l’horreur c’est à la fois l’inconnu mais aussi le connu, c'est-à-dire à peu près tout. Mais le connu dans le sens où l’entendent ces personnes, c’est inconnu car le connu qui fait peur menace souvent l’homme de mort, qui est représentative de l’inconnu. La mort joue un énorme rôle dans l’horreur car elle incarne la peur principale chez l’homme, la mort peut venir de divers moyens connus, l’environnement, les maladies, ou à travers l’inconnu, les histoires sont alors généralement dans un contexte non réaliste. Mais la mort n’est pas seule à agir sur la peur chez l’homme, un bouleversement brusque du train-train quotidien peut aussi l’effrayer, ses structures seront alors perturbées et lui perdu.

Un autre problème qui se pose est de savoir à quand remonte réellement l’horreur dans l’histoire du cinéma. Eric Dufour considère que l’horreur débute réellement à partir des années 60 avec Psychose (12).  Pour lui, le cinéma d’horreur est « une catégorie esthétique et non psychologique » et que le cinéma d’horreur « doit désigner un certain dispositif du film même, de l’image même, indépendamment de tout affect que le film peut susciter chez le spectateur ». Tout cinéma qui suscite la peur avant Psychose représente pour lui le cinéma fantastique. Si on considère cette théorie, l’horreur est née avec la scène de la douche dans Psychose et « se caractérise par la suspension de l’action au profit d’une situation bloquée qui demeure la même du début à la fin » ; le cinéma d’avant voyait « la situation initiale modifiée par l’action des protagonistes qui engendre une nouvelle situation, de sorte qu’il y a une progression et que le point d’arrivé ne ressemble plus du tout au point de départ » (13). Ceci est vrai dans certains cas seulement, par exemple dans La nuit des morts-vivants de George A. Romero, la situation quant aux zombies est vague, il en est de même pour Les oiseaux d’Alfred Hitchcock (1963), mais dans le cas de L’exorciste de William Friedkin (1973), la situation du début, à savoir une fille possédée par un démon, n’est plus la même à la fin, doit-on alors considérer que L’exorciste est un film fantastique et non un film d’horreur ? Cela semble inconcevable. Le moins qu’on puisse dire de la théorie de Dufour est que Psychose est indéniablement un film important dans le cinéma d’horreur et qu’il va apporter un bouleversement au genre, mais nous verrons ça un peu plus loin.

Un autre point de vue est celui de Philippe Rouyer (14). Pour lui le cinéma d’horreur débute en 1963 avec l’apparition du film L’orgie sanglante de Herschell Gordon Lewis, film qui introduit véritablement pour la première fois le gore dans le cinéma. Selon lui, le film d’horreur n’existe que par une esthétique de gore, de sang et de violences extrêmes. Dans ce cas, L’Exorciste devient bel et bien un film d’horreur mais qu’en est-il de films comme Amityville, la maison du diable de Stuart Rosenberg (1979) ou de Rosemary’s Baby de Roman Polanski (1968), qui relèvent tous les deux d’effets psychologiques plutôt qu’esthétiques, qu’ils sont simplement des films fantastiques qui ne doivent rien à l’horreur ? C’est aussi inconcevable. N’oublions pas alors le point de vue de Stephen King qui semble trouver une solution à ce problème. Dans une phrase déjà citée, King défini à la fois l’horreur comme le gore, « le haut le cœur pur et simple » et comme une chose beaucoup plus profonde qui vient arracher la peur chez l’individu. Cette chose est difficile à définir car elle possède une multitude de facettes à travers tout le cinéma d’horreur, dans Amityville, la maison du diable, c’est la maison hantée, et dans Rosemary’s Baby c’est la présence du diable, ainsi que celle de son rejeton. La seule certitude est que cette chose, quelle qu’elle soit, agit de manière psychologique sur le spectateur en le mettant mal à l’aise. Certains films comme L’exorciste jouent sur les deux facettes, derrière la soupe aux petits poix que régurgite Regan, la fille possédée, et sa masturbation avec un crucifix, deux éléments purement gores et esthétiques, il y a la possession et le combat entre le Christ, représenté par le père Karras, et le Diable, représenté par le démon, qui provoque une peur véritablement psychologique.

Nous allons donc nous attarder un moment sur le point de vue gore/psychologie qui est présenté par Stephen King. C’est là où se trompent Dufour et Rouyer, les années 60 apportent un nouvel aspect, la scène de douche dans Psychose est à l’origine du gore aux Etats-Unis, d’où son importance. Cette scène est la première qui montre l’horreur, la violence et la mort, auparavant, elle était implicite. L’orgie sanglante est né car la scène de douche l’a permis en brisant des tabous depuis longtemps instaurés. Le film choquant qu’est La mauvaise graine de Mervyn LeRoy (1956), ne l’est que par le fait qu’une petite fille est une tueuse sans remords, tout acte de violence, le concierge qui brûle vif pour ne citer qu’un exemple, est fortement implicite, n’est en aucun cas montré, la peur est seulement psychologique et non visuelle. Psychose apporte cet aspect visuel de la violence changeant ainsi le cinéma d’horreur qui jusqu’alors n’était basé que sur l’aspect psychologique, même les monstres du cinéma des années précédentes créait une peur visuelle que par leur étrangeté et non par leurs actes explicites à l’écran, tout acte implicite relève de l’imagination du spectateur et est donc psychologique. Nous pouvons alors sainement dire que l’horreur existait avant les années 60 mais que ces mêmes années ont apporté un nouvel aspect, un nouveau visage au genre.

L’horreur a toujours existé, il fait parti des sentiments primaires dont est doté l’homme et il est alors logique que l’horreur se soit intégrée dès le début du cinéma. Mais qu’est véritablement l’horreur ? Le point de vue de Dufour comme quoi tout film précédent Psychose et un film fantastique peut provenir du fait que ces films ne font plus aujourd’hui aussi peur qu’ils le faisaient autre fois mais il faut considérer chaque film dans son contexte social original. Lorsque Louis et Auguste Lumière réalisent L’arrivée d’un train à la Ciotat en 1895, le résultat obtenu n’était pas forcément celui recherché, le public était effrayé car il croyait que le train allait sortir de l’écran et l’écraser. Est-ce un film d’horreur ? Aujourd’hui on répondrait par la négative, mais en 1895, le cinéma est nouveau et les spectateurs ne sont pas habitués aux effets qu’il produit, ce n’est pas pour rien que le film a été voté parmi les moments les plus effrayants du cinéma par la chaîne de télévision britannique Channel 4 (15). Cette scène est probablement la naissance de l’effet de choc qui est immédiatement adopté par d’autres réalisateurs dont Georges Méliès.

Chaque époque possède son horreur et chaque film d’horreur exploite le contexte de l’époque. Les années 50 par exemple sont dominés par la peur du communisme et l’ambiance de la guerre froide qui sont introduits dans l’horreur à travers la science-fiction et les créatures génétiquement modifiées. D’autres genres comme le thriller sont aussi dominés par cet aspect social à l’époque. Il est difficile alors de concevoir l’horreur d’époques passés car nous n’y étions pas forcément et aujourd’hui les perceptions et opinions sur tel ou tel contexte social différent de ceux de l’époque en question. Il est tout de même nécessaire, malgré la difficulté, de regarder chaque œuvre comme objet individuelle d’une certaine époque. C’est pour cela que le Dracula de Bram Stoker qu’est devenu Nosferatu le vampire diffère de l’adaptation de Tod Browning (1931) qui lui est aussi différent de celle de Terence Fisher (1958) et de celle de Francis Ford Coppola (1992). Non seulement le contexte change au niveau historique, car les quatre films sont de quatre époques distinctes, mais les différents pays dans lesquels sont produits et réalisés ces films ne partagent pas forcément ni le même point de vue ni les mêmes contextes sociaux.

De plus, comme nous l’avons déjà vu, chaque film d’horreur dépend de l’individu qui le regarde. Chaque personne a des peurs différentes, certains ont une peur profonde du vampire et vont qualifier le film visionné de film d’horreur tandis que ceux qui ne sont pas touchés par ces monstres assoiffés de sang vont le qualifier de fantastique. Nous pouvons alors dire que c’est ici que demeure la véritable différence entre le film d’horreur et le film fantastique. Cela dépend uniquement du point de vue du spectateur qu’il voit une œuvre antérieure dont les problèmes et les peurs sont ceux d’une autre époque ou qu’il ne soit pas affecté par tel ou tel monstres, issus ou problèmes sociaux.

Comment considère-t-on alors qu’un film est ou n’est pas d’horreur ? Un film peut-être considéré comme un film d’horreur si l’objectif principal du film est d’infliger la peur, le dégoût ou l’horreur chez le spectateur au moment de sa production et de sa sortie. C’est cet aspect seul qui va définir si un film peut être catégorisé comme un film d’horreur pour le public en général et malgré le fait, comme nous l’avons vu plus haut, que The Internet Movie Database classifie le film Seven comme thriller n’exclut en aucun cas que ce film qui a pour objectif principal de créer l’angoisse à travers le suspense, joue aussi fortement sur le dégoût, à travers une esthétique gore, et la peur, à travers l’état psychologique du personnage incarné par Brad Pitt. On peut dire que le film Seven, ainsi que d’autres du type, recherche volontairement le dégoût et la peur chez le spectateur, on peut alors considérer ces films comme des films d’horreur/thriller. Mais qu’en est-il des films qui ne sont pas intentionnellement des films d’horreur mais qui procurent les mêmes sensations aux spectateurs en général ? Pour cela nous pouvons prendre deux exemples, d’abord L’arrivée d’un train à la Ciotat qui n’est pas un film d’horreur et ce serait une erreur de le considérer comme tel. L’effet obtenu lors de la projection de ce film à sa sortie est simplement dû au fait que les spectateurs n’étaient pas encore habitués aux prouesses du cinéma, ce n’est pas véritablement l’image mais l’effet cinématographique produit qui a effrayé le public. Bien sûr, ce film a servi comme référence à travers le cinéma d’horreur car il est la preuve qu’on peut faire peur aux spectateurs par le biais de simples effets techniques, et plus tard audio.  Un autre exemple et celui de Le Voyeur de Michael Powell (1960) pour lequel le but du réalisateur n’était pas purement l’horreur mais plutôt une transcription de la mort en tant qu’art. Même si Powell ne recherchait pas forcément à créer un film d’horreur, le contexte du film et le thème abordé ne font qu’accentuer l’aspect horrifique de son œuvre. Aujourd’hui, Le voyeur est placé au même rang que Psychose par rapport à son influence sur le cinéma d’horreur moderne. Nous constatons alors que l’horreur est une chose obtenue par le contexte et thème d’un film, le fait d’aborder la mort, de manière artistique, à travers un tueur en série ne peut que créer l’horreur dans un film.

L’horreur est généralement une chose personnelle qui affecte chaque individu de manière différente et cette perception individualiste ne fait qu’engendrer les disparités au sein même du genre. Pour qu’un film soit considéré comme étant représentatif de l’horreur il faut l’étudier de manière général et dans son contexte original. L’effet produit doit agir sur une grande partie des spectateurs est non juste certaines personnes touchées par tel ou tel thème.
(11) op. cit., H.P. Lovecraft, p.21
(12) E. Dufour, Le Cinéma d’Horreur et ses Figures, Paris, Presses Universitaires de France, 2006
(13) Ibid, E. Dufour, p.56-57
(14) P. Rouyer, Le cinéma gore, une esthétique du sang, Paris, Le Cerf, 1997
(15) www.channel4.com

Publié dans articles et dossiers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article